Mars 2011

Rencontre avec les journalistes du Soir

Après une année d’interruption, les demi-journées de rencontre avec les personnes relais de l’Opération « Ouvrir Mon Quotidien » sont de nouveau organisées.

Lors de leur dernière édition, ces moments de convivialité et d’échange de bonnes pratiques avaient été organisés au sein même des rédactions de quotidiens. Ce fut un réel succès. Le Conseil Supérieur de l’Education aux Médias, les Centres de Ressources et les partenaires de l’Opération – les Journaux francophones belges et l’Association des Journalistes professionnels – ont donc décidé de poursuivre dans cette dynamique.

La première étape a eu lieu le mercredi 23 mars 2011 au sein de la rédaction du journal Le Soir à Bruxelles.

Olivier Mouton, journaliste, a accueilli les participants et abordé les défis auxquels la presse écrite est confrontée aujourd’hui : diminution du lectorat « papier », l’impérieuse nécessité de constamment se remettre en question et de faire évoluer le quotidien.

Il a cité plusieurs innovations qui sont intervenues ces dernières années :

  • la création d’un cahier « polémique » qui est en quelque sorte un espace de réflexion, où les opinions peuvent être débattues au travers de reportages, d’entretiens, …
  • un cahier week-end qui porte un regard rétrospectif sur la semaine et, profitant que le lecteur a plus de temps le samedi et le dimanche pour parcourir son quotidien, une série d’articles de fond et d’analyses approfondies sur divers sujets

Parmi les toutes dernières initiatives, il y a le « Soir Vlaanderen » sorti quelques jours plus tôt et qui est une première. La crise politique qui alimente les colonnes depuis les dernières élections méritait bien une édition en néerlandais d’un journal francophone. C’était un pari et un risque important mais il apparaît à la rédaction du Soir que plusieurs stéréotypes et idées reçues de part et d’autre du pays devaient être battues en brèches, question de permettre au citoyen d’avoir un autre regard sur les échanges Nord-Sud et sur la difficile constitution d’un gouvernement fédéral. Et de rappeler les initiatives menées périodiquement depuis 2007 avec le quotidien flamand De Standaard.

Olivier Mouton a en outre insisté sur la nécessité pour un quotidien d’être et de rester didactique, à la portée de chacun tout en restant une source d’information de qualité et indépendante.

Plusieurs questions des enseignants ont trouvé réponse auprès du journaliste sur la nécessité de rajeunir le lectorat, la disparition du Swarado qui apparaissait comme un support pédagogique intéressant mais qui ne reflétait pas la réalité d’un vrai quotidien, l’intérêt croissant des élèves pour le journal sur support papier dès l’instant où ils ont découvert l’opération OMQ, la difficulté de certains groupes d’élèves issus de milieux défavorisés de comprendre le contenu d’un article, la partie « sport » du Soir qui est très fouillée et qui intéresse beaucoup les élèves, …

Olivier Mouton a expliqué que des classes visitent régulièrement la rédaction du journal Le Soir et il arrive que la rédaction de la Une soit confiée à une classe. C’est un exercice intéressant car cela permet de voir les centres d’intérêts des jeunes qui ne sont pas nécessairement les mêmes que ceux des journalistes et la manière dont ils conçoivent l’article et avec laquelle ils voient l’information et l’actualité.

Mme Béatrice Delvaux, Rédactrice en Chef du quotidien a ensuite expliqué avec de nombreux exemples récents à l’appui les responsabilités éditoriales auxquelles elle était régulièrement confrontée. Elle est garante à la fois des contenus mais aussi du label d’excellence du Soir. Un quotidien comme le Soir ne peut se satisfaire d’une ligne neutre de communication. Dans de nombreux domaines (actuels et anciens) comme le conflit judéo-palestinien, les problèmes communautaires en Belgique, pour ne citer que ceux-là, Le Soir a développé une approche engagée qui parfois dérange, c’est un fait, mais qui entend donner au lecteur une approche très fouillée et se basant sur des informations fiables et très bien documentées. C’est à cela que l’on reconnait la qualité d’un journaliste et au travers de lui, d’un quotidien.

Mme Delvaux ne peut s’empêcher de faire le parallèle entre le métier d’enseignant et le métier de rédactrice en chef.

Tous deux défendent des principes, une éthique, des valeurs citoyennes et sociétales tout en restant tout à fait indépendants. Tous deux sont également responsables des contenus enseignés ou édités. Le rédacteur en chef juge et jauge la responsabilité d’édition et c’est une responsabilité au quotidien.

Plusieurs questions de l’audience ont eu trait aux domaines suivants :

  • Le quotidien en qualité de contre-pouvoir : quel est le plus difficile : le politique ou l’économique ?
  • Mme Delvaux constate que le politique est très sensible aux informations médiatiques et à son image et il arrive régulièrement qu’un politique réagisse vertement à un article paru sur les compétences dont il a la charge. Ce sont généralement des réactions ponctuelles qui parfois nécessitent un droit de réponse mais cela ne s’étale pratiquement jamais dans le temps. Par contre, au niveau économique, les réactions sont plus insidieuses et s’étalement plus largement sur le temps.
  • Les enseignants actifs dans l’opération OMQ constatent que les élèves ont du respect pour Le Soir mais que bien souvent ils travaillent en complément sur Le Soir en ligne.
  • A cela Mme Delvaux explique que Le Soir a aujourd’hui une version « on line » qui, à l’instar des éditions du passé, présente une édition nouvelle deux fois par jour avec possibilité de vidéo.

Toutes ces explications ont été émaillées d’exemples concrets, ce qui rendait le débat très vivant tout autant qu’actuel.

Vint enfin Monsieur Philippe Laloux, responsable du journal Le Soir en ligne. M. Laloux constate un engouement de plus en plus grand pour la presse en ligne. Si aujourd’hui, Le Soir compte une diffusion « papier » de 80.000 à 100.000 lecteurs quotidiens, Le Soir en ligne ne compte pas moins de 650.000 lecteurs, ce qui est énorme par rapport à la diffusion d’il y a 20 ans où le quotidien comptait encore 200.000 exemplaires par jour. Aujourd’hui, Le Soir est sur Twitter et sur Facebook. En 2 ans, la version électronique du quotidien a considérablement évolué tant sur sa forme que sur le fond. Contrairement à ses débuts, le Soir en ligne fait l’objet d’une rédaction à part entière qui ne reprend plus in-extenso les articles parus le jour-même dans la version papier. Il s’agit là d’une course contre la montre pour trouver l’information et la sortir le plus vite possible sans pour autant nuire à sa qualité et à sa fiabilité.

Un des défis actuels du Soir en ligne est de « réinventer » le quotidien en version papier : comment donner l’envie au lecteur d’acquérir un quotidien en version papier qui est l’excellence de l’information par la qualité et la quantité de son contenu. Pour Philippe Laloux, on vit aujourd’hui la fin de l’article « cul de sac », article au-delà duquel on ne sait plus trouver l’information. La complémentarité entre la version « on line » et la version « papier » permet d’aller beaucoup plus loin dans la documentation et l’information du lecteur. On passe peu à peu d’un stade de « produit » à un stade  de « service » au lecteur.

Plusieurs questions d’enseignants présents ont eu trait aux domaines suivants :

  • Peu à peu, on observe la disparition de la newsletter car il y a engorgement et saturation. D’autres outils émergents comme « Google Reader » permettent à tout un chacun de mieux cibler les articles dont il désire s’informer.
  • Les forums, souvent perçus par les enseignants comme une «foire au défoulement et à la mauvaise humeur» sont considérés par Philippe Laloux comme une source d’information et d’expression. Certes, il y a un pourcentage énorme de choses non pertinentes ou de critiques tous azimuts mais un forum ne doit en aucun cas réduire la liberté d’expression. On peut considérer 10% des messages laissés sur un forum comme celui du Soir comme une information pertinente dont les journalistes s’inspirent pour aller plus loin dans leurs investigations.
  • Il considère qu’il est plus utile pour un forum de quotidien en ligne d’avoir un animateur de communauté qui sollicite, encourage, hiérarchise et anime les commentaires des internautes plutôt qu’un modérateur qui sanctionne l’information dès qu’il estime qu’elle n’est pas conforme à sa vision des choses. Il espère que peu à peu la presse en ligne va se doter d’animateurs de communauté, ce qui rendra les forums plus riches en information et passionnants quant aux débats qui pourront y êtres menés.

Cette demi-journée s’est terminée par une visite de la rédaction du journal Le Soir et la rencontre avec les journalistes sur leur lieu de travail.



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