2017-Libramont

Le mercredi 13 décembre 2017, s’est tenue, à la Haute Ecole Robert Schuman de Libramont, la journée de formation à l’intention des maîtres-assistants et des étudiants des catégories pédagogiques des Hautes Ecoles. Le thème « Décoder pour mieux comprendre» a permis aux futurs enseignants et futurs éducateurs de découvrir, par la pratique, d'apprendre à aborder l'information en faisant le tri entre le vrai et le faux (fake news, rumeurs, trolls...). Plus de 130 maîtres assistants, étudiants des hautes écoles section pédagogique et d’agrégations ont répondu présents à l’invitation des Centres de ressources en éducation aux médias et du CSEM.

​Accueil et introduction

L'accueil a été assuré par Georges Sironval, directeur-président de la Haute École Robert Schuman qui n'a pas hésité à contredire les fausses rumeurs faisant croire que Libramont... c'est loin et que dans cette région, il neige toujours. Il est vrai qu'en réalité, c'est au retour que l'on se rend compte que c'est son chez soi qui est à l'autre bout du monde et le temps radieux de ce mercredi contredit l'idée de neige permanente. Quoique...


Jean-Luc Sorée, chargé du mission au CAF-Tihange, centre de ressource organisateur de la journée, avant de présenter les intervenants de la matinée, a recadré le thème en rappelant que les fausses rumeurs... ce n'est pas nouveau mais que lutter contre la désinformation est une attitude citoyenne incontournable.
 
 

Typologie des fausses informations, genèse d'une rumeur, pistes et outils pour déconstruire rumeurs et fausses nouvelles

Aurore Van de Winkel, Docteure en Information et Communication, auteure et spécialiste du phénomène des rumeurs et légendes urbaines était la première intervenante. Elle avait pour objectifs de faire une typologie des fausses informations, de rappeler la genèse d'une rumeur et de proposer pistes et outils pour déconstruire rumeurs et fausses nouvelles.
 

Ces contenus douteux finalement... C'est quoi ? Que disent-ils ? Sont-ils toujours malveillants ou faux ? Pourquoi ont-ils tant de succès ? Comment aider ceux qui en croient le contenu ? 

Fake news, terme à la mode sans doute mais surtout sacré fourre-tout. Aurore Vandewinkel reclassifie les contenus douteux en plusieurs catégories. Ainsi, elle identifie en premier les fausses informations créées sciemment ou instrumentalisées par des autorités politiques, économiques, idéologiques, elles peuvent mener à la propagande. Les rumeurs selon que l'information pas encore confirmée publiquement nous arrive quand il y a un événement ambigu, un changement et est le résultat d'une interprétation ou invention de toutes pièces à propos de contenus politiques, socio-culturels, économiques, sanitaires… Ces rumeurs qui permettent de nuire, de manipuler mais aussi, de gérer collectivement une situation dangereuse, de comprendre une situation inexpliquée. Troisième dans la classification, la légende urbaine avec comme exemple très connu, le réseau d'organes à Walibi. Ces légendes trouveraient leur origine dans un fait divers transformé, une adaptation d'un récit, etc. Contrairement aux rumeurs, les légendes s'avèrent toujours fausses. Elles couvrent de nombreux thèmes : une panique alimentaire, la nature sauvage, l'insécurité et la violence, etc. Elles s'avèrent efficaces pour se divertir, proposer des conseils, réduire les angoisses, entretenirdu lien social, renforcer un sentiment d'appartenance à un groupetout en visant systématiquement un bouc-émissaire. Enfin, le hoax, canular, blague est créé de toutes pièces pour faire rire ou réfléchir.

​Il va de soi que nombre de ces contenus douteux impliquent d'énormes conséquences. On parle ici de psychose collective, de perte de confiance dans les autorités, d'accusation d'incompétence, d'augmentation des conflits, de boycott de produits ou services, de perte d’élection ou encore de projets de lois basés sur des fausses infos… Certaines histoires fausses peuvent devenir vraies par phénomène d'autoréalisation. On a déjà relevé des cas d'imitation du scénario d'une rumeur.

C'est bien entendu tout le problème de la croyance qui en fait le succès. On se laissera duper par confiance dans l'interlocuteur, par sentiment d'une confirmation de croyances existantes, par l'indisponibilité de données objectives, la volonté de diffuser des valeurs ou une identité ou encore les émotions fortes que peuvent susciter ces récits.

​Comment réagir face aux rumeurs, fausses informations, légendes urbaines ? Tout simplement en faisant appel à l'éducation aux médias. On renforcera sa connaissance des moteurs de recherche et des réseaux sociaux, on étudiera le fonctionnement des algorithmes, on se confrontera à des discours contradictoires, on apprendra à argumenter, on vérifiera et on croisera ses sources...

Enfin, des outils en ligne existent : TinEye, hoaxbuster, Snopes.com

​L'intervention d'Aurore Vandewinkel, claire et précise a été très appréciée par les étudiants et maître assistants. 

Les réseaux sociaux et le comportement des utilisateurs dans la propagation des fausses nouvelles.

​Le deuxième intervenant de la matinée, Julien Lecomte, Chargé de communication pour l’Université de Paix asbl ​avait pour mission d'identifier les comportements des utilisateurs des réseaux sociaux lors de la propagation des fausses nouvelles et de proposer des pistes pédagogiques. 
​Comment développer une attitude critique et respectueuse quand l'information sur le web apporte son lot d'émotions et de désaccords ?

​Dans un premier temps, Julien Lecomte rappelle que le langage est source d'émotions et induit une réactivité émotionnelle. IL fera remarquer que les médias sociaux ont tenté de pallier à l'absence du langage non verbal par l'usage d'émoticones et de la ponctuation. Déjà, face à ces pratiques, il est indispensable de comprendre ce langage non verbale et de relever que le décalage dans le langage et de là, la difficulté de se comprendre relève plutôt du culturel que de la technologie. Les usages dépendent de la langue. Face aux risques induits par la réactivité émotionnelle et l'immédiateté, il est indispensable de pouvoir prendre du recul.

​Dans un deuxième temps, Julien Lecomte aborde l'ouverture aux opinions divergentes. Ce n'est pas grave en soi d'avoir une opinion différente à condition d'être capable d'en changer quand on a tort. Or, on vit à l'ère du faux. Notre manière de regarder les faits est orientée en fonction de ce qu'on sait déjà et, les réseaux sociaux, via leurs algorithmes  qui se basent sur notre consommation des médias et des services en ligne, provoquent une uniformisation des contenus... et de la consommation. Comment dès lors élargir son horizon culturel. IL y va donc de la question de la décentration par rapport à son propre point de vue, cette décentration n'étant pas innée. Des activités pédagogiques centrées sur la fiabilité d'une information et l'ouverture à la diversité peuvent pallier à ces problèmes.

​Enfin, Julien Lecomte aborde la gestion des désaccords. Sur les réseaux sociaux, de nombreux facteurs de désinhibition sont présents : l'anonymat, l'invisibilité, le caractère asynchrone, l'introspection, le caractère dissociatif, etc. avec comme conséquence que les échanges sont aprfois vifs, si pas injurieux entre protagonistes. De nombreuses pistes pédagogiques sont proposées sur le site de l'Université de paix asbl .

​Quid de nos compétences en matière de détection des fausses informations ?

​Un petit jeu de carton vert et carton rouge a adressé à quatre vidéo de situations vraies ou fausses a démontré, si besoin en était, qu'il n'est pas si aisé de déterminer avec exactitude si une information est vraie. 

Ateliers

​Suite à cette matinée riche en vraies informations, la journée s'est prolongée avec la tenue de six ateliers thématiques : 

  1. Yves Collard - Média animation - Les femmes dans les films de Disney : décoder les stéréotypes
  2. Thomas Jungblut - ULg et CAV Liège - ​Montage et manipulations
  3. Martin Culot - Média animation - Les théories du complot : un outil pour les décoder
  4. Sophie Lescrenier - CAV-Liège - ​Images et viralité, armes de la désinformation
  5. Isabelle Collin - Haute Ecole Libre Mosane et Christophe Laduron Haute École Albert Jacquard​ et Université de Liège - La véritable histoire des chats
  6. Jean-Luc Sorée - CAF-Tihange et Fabian Demily - Haute école Robert Schuman - ​Images, reflets d'une réalité

Conclusion

​La neige qui tombait ​à gros flocons à l'extérieur des bâtiments de la Haute École n'aura pas empêché la tenue de cette journée très instructive et encore moins détourné l'attention des nombreux étudiants très intéressés par les thématiques abordées et les outils pédagogiques proposés.

 



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